Léon-Gontran DAMAS

Co-fondateur du mouvement de la négritude avec ses compagnons Aimé CÉSAIRE et Léopold Sédar SENGHOR, ami des surréalistes, intime des artistes américains de la Négro-Renaissance, de Langston HUGHES, de Louis AMSTRONG, Léon-Gontran DAMAS représente incontestablement l'une des figures les plus marquantes de la littérature et de la poésie négro-africaine d'expression française.

Natif de Guyane dont il fut député, mais perpétuel exilé, même en son pays, perpétuel révolté, il meurt à Paris en 1978.

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Poète guyanais né à Cayenne, Léon Gontran Damas est le premier à exploser de colère et de rage sous la camisole de force de la colonisation française. Soumis au cours de son enfance à l'éducation «créole» qui prétendait transmettre les valeurs françaises, il souffre d'endurer le «désastre» que provoque en lui une telle éducation, qui lui inspirera plus tard son célèbre poème Hoquet . Il va à l'école primaire à Cayenne, puis au lycée Schoelcher de Martinique qu'il quitte en 1926 pour le collège de Meaux près de Paris où il obtient son baccalauréat en 1928. D'abord inscrit à la faculté de droit pour obéir à sa famille, il est vite tenté par plusieurs directions culturelles: les cours de russe et de japonais à l'École des langues orientales l'attirent avant qu'il n'aboutisse à l'Institut d'ethnologie, où il rencontre Jacques Roumain. Au vrai, il cherche à remonter aux sources de son identité et ce cheminement difficile &emdash; vu l'époque &emdash; lui vaut l'opprobre de ses parents qui lui coupent les vivres, ce qui l'oblige à travailler comme débardeur et comme plongeur. Passionné de poésie, il apprend à connaître les poètes nègres des États-Unis d'Amérique: Langston Hughes, Alan Locke, Jean Toomer, Countee Cullen et Claude Mac Kay. Le directeur du Muséum du Trocadéro lui confie en juillet 1934 une mission d'étude des survivances africaines en Guyane; en outre, il est chargé par deux revues (Vu et Lu) de rédiger un compte rendu de son voyage. À son retour, il publie son rapport (Retour de Guyane, 1938) qui paraît un an après son premier volume de poésie, Pigments (1937), dans lequel il vitupère contre l'assimilation que cherche à imposer une puissance coloniale soucieuse d'arrimer définitivement à l'Hexagone des territoires qu'elle exploite depuis trois siècles. Quelques-uns de ses poèmes avaient déjà été publiés en 1934 dans la revue Esprit et en 1936 dans les Cahiers du Sud . Robert Desnos, qui préface Pigments , insiste d'entrée de jeu sur l'essentiel: «Il se nomme Damas. C'est un nègre. Damas est nègre et tient à sa qualité et à son état de nègre. Voilà qui fera dresser l'oreille à un certain nombre de civilisateurs qui trouvent juste qu'en échange de leurs libertés, de leurs terres, de leurs coutumes et de leur santé, les gens de couleur soient honorés du nom de «Noirs». Damas refuse le titre et reprend son bien. Ce bien vous sera révélé dans les poèmes qui vont suivre...» Il stigmatise la colonisation, l'exotisme et le racisme, le comportement bourgeois, engage les anciens combattants sénégalais à se démystifier et se moque de lui-même avec des accents quasi céliniens. Bref, il n'en finit pas d'écumer de rage contre ce qui l'empêche à jamais d'être un homme. Il publie, en 1943, un recueil de contes, Veillées noires , et s'embarque, en 1946, pour la Guyane en passant par les États-Unis. La mort accidentelle en novembre 1947 du député René Jadfard lui fournit l'occasion d'affronter politiquement Gaston Monnerville, défenseur de l'assimilation, qu'il avait déjà fustigé dans son rapport de 1938. Élu député en 1948, il siège à la Chambre jusqu'en 1951. On lui doit une anthologie, Poètes d'expression française (1947) et un essai, Poèmes nègres sur des airs africains (1948). Il publie trois recueils de poèmes: Graffiti (1952), Black Label (1956) et Névralgies (1966). Il meurt en 1978 à Washington où il vivait depuis 1969. Dans le cercle des poètes nègres francophones, Léon Gontran Damas occupe la place d'honneur, avec sa simplicité coutumière, ses amours ancillaires, son rythme de «marron». C'est le seul dont la voix ait porté loin, en Afrique, comme un roulement de tam-tam, pour prôner la résistance en baoulé, le seul qui parlait clairement au peuple. Les autres poètes se contentent d'écrire, lui, il tonne et il chante.

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